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lundi 3 janvier 2011

Ce n’était pas un gourou, mais un sage…

J’avais prévu avant que les choses n’en décident autrement d’interviewer une apicultrice, une mielleuse et puis cela ne s’est pas fait, alors je vais revenir sur une rencontre magico-écologique de septembre 2009.

Mes petits camarades écolos étaient revenus les yeux plein d’étoiles, d’un séminaire lointain auquel je n’étais pas allée, en me parlant d’un être extraordinaire, tellement passionnant… L’un d’entre eux m’a juste dit qu’après sa découverte de Pierre Rhabi, il ne voyait plus le monde autrement que par sa vision, par son approche écolo-humaniste : hors de « Terre et humanisme », point de salut. Qu’à cela ne tienne je vais voir le site « Terre et humanisme » et je ne suis pas plus convaincue qu’avec ces pubs pour des séminaires de terre glaise qui pullulent dans les magazines bio.
Et voilà l’effervescence, Pierre Rabhi est à Tours, le mage va parler, se paroles sont divines, on doit tous y aller… il faut l’écouter, on ne sera plus les mêmes, nous les pauvres ignorants qui n’avons pas eu la chance de le rencontrer auparavant. Paradoxe, le grand homme est reçu dans une école de management, l’ESCEM temple de la promotion du capital, de l’agro-alimentaire, bref l’ennemi primaire de l’écologie..
Alors j’y vais et assise sur les bancs de l’amphi de la fac, j’aperçois un tout petit bonhomme sec, pieds nus dans des sandales, ne payant pas de mine, un petit bouc, un air d’immigré transi et plaintif… Les grands écrans parlent de son site Colibris, les stands avec ses livres sont dehors sur le pied de guerre, des citations de sa dernière publication flottent sur le fond de la salle. Mon cœur se serre : le grand déballage mercantile d’un écolo qui a trouvé le green filon est en place.
Et puis, Pierre parle, debout, très modeste, pas de grande théorie, mais le fil déroulé de sa vie : au travers d’exemple apparemment anodin, comme un repas avec sa mère adoptive, il démonte les concepts trompeurs, il démolie les théories d’une « économie » qui ne fait pas d’économies des ressources premières, il casse les codes de mesures en vigueur depuis la fin du XIXe siècle, il est clair, il est sage, il est effectivement un grand homme.
Je découvre sa profonde modestie qui complète une étendue de savoir dans le domaine agricole, l’indépendance alimentaire et la lutte contre la désertification, reconnue par l’Unesco. Et plus tard, je le verrai, humble, cueillir ses fruits car pour lui être proche de la terre, c’est ce qui alimente sa réflexion et sa vision d’un monde nouveau car écologique. Il croit en la Nature, il la dit généreuse, il ne veut pas qu’on la tue… Cet homme en regardant ses graines, en coupant son bois a su comprendre notre monde contemporain, pourtant complexe, a su inventer des solutions pour que le désert batte en retraite, a imaginé un monde futur plein d’espoir, de paix, de santé, de bonheur, de douceur… Il m’a émue au bord des larmes, il m’a instruite, j’ai envie de lire ses livres, je ne comprends pas que les Chefs d’Etat ne se disputent pas ses conseils… Il prône « l'insurrection des consciences » et il a raison de le faire : c’est la révolution écologique qui se fera soit en douceur par nous, soit de force par les déchaînements incontrôlés initiés par les hommes…

Et ce jour-là ; j’ai eu la chance de voir Pierre Rabhi, créateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme (Colibris) ; consultant expert international dans la lutte contre la désertification, être distingué par l’ESCEM et s’être vu remettre la distinction de Professeur Honoris Causa pour sa contribution exceptionnelle à la formation intellectuelle des élèves de l’ESCEM lors de sa conférence. À ce titre, il rejoint le Comité d’orientation stratégique de la Faculté de l’ESCEM. Et si le monde changeait enfin ? Finalement, je sais que j’ai croisé pour de vrai le héros de Voltaire, que le vrai Candide est né au XXe siècle, qu’il philosophe entre deux coups de pelle dans son jardin et propose un monde nouveau tranquillement comme s’il parlait de la couleur d’une cerise…

Kim Lureuil

jeudi 9 décembre 2010

Les solutions de Coline, une chaîne d’espoir déculpabilisante et décapante…

Quand j’ai laissé ma plume (ma souris) sur le tapis, juste avant une opération des yeux qui m’a éloignée de vous quelques temps, j’étais en train de me débattre avec la présentation que je voulais faire de ce film de Coline Serrault « Petites Solutions locales pour grand Désordre Global »… que j’avais eu la chance de voir à Tours et avec la metteuse en scène…
Comment retranscrire un discours sociologique, historique, pédagogue, passionnant qui rend les idées claires sur l’immense série de mensonges et les traficotages agro-alimentaires qui nous ont trompé-e-s et empoisonné-e-s depuis des années ? Comment réexpliquer ce que des passionnés-e-s, des guerriers du savoir-vivre sain et vraiment « économe » de la nature avaient parfaitement dit, dans une discussion apparemment à bâtons rompus, à plusieurs voix mais dans un seul sens : celui de l’explication écologique d’une agriculture volée aux paysans, d’un monde où l’alimentation n’est plus un acte d’amour des femmes, leur secret en lien avec la Terre Mère, mais un objet de rentabilité à tout craint, y compris la santé public…
Ces hommes et femmes qui nous parlent ont la crédibilité de leur savoir-faire. Rien ne peut s’opposer à l’ancien chef de Kolkhoz qui a décidé de faire du bio dans les années cinquante et qui a tenu les quotas exigés par la Grande URSS. Rien ne peut s’opposer à ceux qui ont fait de la prison en Amérique du Sud pour s’opposer à des Monsanto diaboliques. Rien ne peut s’opposer à cette sociologue indienne qui nous décrit l’aboutissement de cette logique qui broie in fine les femmes, les enfants et les pauvres. Rien ne peut s’opposer à la chaîne de graines et à la solidarité d’enseignement d’un Pierre Rhabi ou d’autres encore…
Je ne sais pas quand ce film de Coline Serrault sortira en DVD « Petites Solutions locales pour grand désordre global », mais achetez-le… car à la fin de l’œuvre,ultime espoir, nous les petits, les impuissants, les consommateurs, vaches à lait d’un système alimentaire malsain, nous avons le plus grand des pouvoirs : celui de ne pas leur acheter, celui de leur couper les vivres, celui de mettre notre argent là où il faut…
À la fin de cet article, si ce n’est pas déjà fait, allez vous inscrire dans une AMAP, placez votre argent dans du foncier pour favoriser l’implantation des paysans locaux attentifs à la terre, capitalisez hors des circuits bancaires dans une vache ou un cheptel de chèvres…

Kim Lureuil