Un tigre de Tasmanie empaillé dans un musée

Thylacine (Thylacinus cynocephalus)
Appelé également Tigre de Tasmanie, cette espèce vivait autrefois en Australie et en Nouvelle-Guinée. Le dernier spécimen s’est éteint au zoo de Hobart en 1936.
Photo réalisée au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

L’arche Inventory

Inventorier et informer

L’arche photographique

Depuis plusieurs années, Gilles Martin s’est engagé dans un projet qui dépasse le cadre de la photographie pour toucher celui de nos consciences. Son ambition : créer, à l’aube du IIIème millénaire, un « Inventaire photographique des espèces menacées ». Son but, photographier, avant qu’il ne soit trop tard, la faune sauvage en danger ; témoigner de ces espèces rares et menacées inscrites sur la « Liste rouge » de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

IUCN : Red List of the Threatened Species

Une mission à long terme : couvrir cent pays sur les six continents

Cette démarche d’envergure, initiée en l’an 2000, n’a pas d’équivalent, tant sur la couverture géographique que dans la diversité des espèces photographiées. Un travail de fond planifié sur plusieurs décennies et sur tous les continents du globe. Gilles Martin s’est assigné un but : utiliser la photographie, son pouvoir d’émerveillement et sa capacité à informer pour donner l’alerte. Ses images accueilleront toutes les beautés du monde vivant, mais elles iront au-delà de la célébration esthétique. Elles montreront sa fragilité et feront appel à la responsabilité humaine.

Photographier pour la Nature

Des images, toujours plus d’images. Télévision, internet, téléphonie, magazines, expositions, publicités : charmés ou écœurés, mais toujours pris dans les filets. Piégés par des univers de plus en plus virtuels, comme la vie sauvage est piégée dans un monde qui n’est plus fait pour elle. Ces images du monde nous auraient-elles fait oublier le monde ? Et comment va-t-il ce monde, le sait-on vraiment ?

J’ai décidé de vous donner des nouvelles de la faune sauvage telle qu’elle va, telle qu’elle s’en va peut-être. La faune sauvage comme indicateur d’un mot aussi galvaudé que malmené : la biodiversité.

Pour cela, j’utilise la photographie dans ce qu’elle a de plus noble : une image qui a quelque chose de profond à révéler. Un témoignage, une émotion. J’ai donc choisi de témoigner. De l’essentiel : du monde vivant, de mondes qui se meurent. Mon champ d’action, c’est la Nature même ; mon engagement, c’est de montrer ces créatures qui vacillent au-dessus de l’abîme : celui de l’extinction.

Elles sont des centaines hélas, et leur liste, de déserts en forêts, de montagnes en mangroves, résonne à la longue comme une malédiction aux oreilles humaines. Nous ne pouvons qu’être pris de vertige en faisant la somme de ce que nous avons déjà détruit. Le Dodo ou le Tigre de Tasmanie, dont, vaguement coupables, nous scrutons les yeux de verre au fond des collections muséographiques, annoncent-ils des légions d’animaux naturalisés, relégués aux vitrines des muséums et au souvenir ? Mais si l’humanité est douée pour la soustraction, elle a aussi quelques sursauts. L’homme se souvient parfois qu’il est intelligent et, mieux, doué d’une conscience, d’une morale. Alors, il parle biodiversité, protection de la nature, écologie. Il agit. Car aujourd’hui, nous n’avons plus l’excuse de ne pas savoir. Nous pouvons être lucides avec désespoir ou avec rage.

J’ai choisi de me battre avec mes moyens. Ceux d’un photographe qui va tirer le portrait des espèces menacées : celles qui sont au bord de l’anéantissement, celles qui ont encore une petite chance. Elles se situent exactement sur cette frange étroite où nous pouvons encore agir : c’est maintenant, et tous ensemble.

Un jour, ces images seront là comme un manifeste. Alors, il faudra bien les regarder en face, car chacune d’entre elles nous racontera le destin d’un animal qui a failli mourir. Et s’il n’est plus là, définitivement, aurons-nous encore le courage de rendre à ces bêtes empaillées leur regard de verre ?