L’emblématique Nasique (Nasalis larvatus), est un primate endémique à Bornéo.

Photographié sur l’île de Bako, la Wagler’s Pit viper (Tropidolaemus wagleri) est un serpent  arboricole potentiellement mortel pour l’homme. Il appartient à la famille des Viperidae.

Discrets dans la journée, les amphibiens de la forêt tropicale de Bornéo son plus faciles à observer de nuit.

Calao à casque rouge mâle (Aceros corrugatus).
Il appartient à la famille des Bucerotidaes.

Éléphant pygmée de Bornéo (Elephans maximus borneensis). Victime de la déforestation, il a été classé en danger critique d’extinction par l’UICN.

Reptile de la famille des Agamidae (Gonocephalus bornensis).

En deux ans, 6 millions d’hectares de forêt primaire ont été rasés.

Le fruit du palmier à huile (Elaeis guineensis).

Le Langur argenté (Trachypithecus cristatus), également appelé Semnothèque à coiffe, affectionne les mangroves qui bordent la forêt tropicale.

Rencontre avec la Wagler’s Pit viper (Tropidolaemus wagleri). Photo Dany Grahek

L’arche Inventory

Inventorier et informer

Voyage à Bornéo

Bornéo, l’enfer au paradis

Émerveillé autant que révolté, voilà comment je me sens au retour de Bornéo. Sur cette île de 740 000 km2 qui se partage entre l’Indonésie (les 4/5ème du territoire), la Malaisie et Brunei, on peut voir ce que la nature a inventé de plus beau, et ce que l’homme en a fait de plus cauchemardesque.

Parc national de Bako

Émerveillement, tout d’abord, dans le Parc national de Bako, dans le Sarawak (Malaisie). Je découvre, à pied, la jungle tropicale dans toute sa richesse et son exubérance. Tout est luxuriant, je ressens la densité de la masse végétale qui m’entoure tout comme le foisonnement de vie. Je marche dans une véritable encyclopédie du vivant ! La fameuse biodiversité dont on nous parle continuellement est là, autour de moi, en formes et en couleurs.
Pas moins de 150 espèces d’oiseaux dans ce parc, et beaucoup de reptiles. Je suis très surpris par le nombre de serpents qui croisent mon chemin. C’est aussi l’un des derniers refuges du singe nasique, en voie de disparition.
Dans les mangroves, ces forêts inextricables qui poussent les pieds dans l’eau, j’observe avec bonheur les libellules, les périophthalmes et le langur argenté, un singe au pelage gris métallique, mais dont les petits naissent roux, très à son aise dans les racines aériennes impénétrables des palétuviers.

L’araignée Heteropoda sp protège ses œufs en confectionnant un cocon de soie

L’araignée (Heteropoda sp) protège ses œufs dans un cocon de soie. Cette espèce cavernicole mesure 20 cm de longueur.

Night walk

La nuit me réserve encore bien plus de surprises. Je fais plusieurs « night walks » (marches nocturnes) pour observer les espèces qui s’affairent dans la forêt après le coucher du soleil, et quelle activité ! Tarsiers (ces minuscules primates aux yeux globuleux), makis volants, chauves-souris, araignées impressionnantes, serpents liane, lézards et amphibiens à foison…

Le Pyrops sur l’écorce d’un arbre

Le Pyrops (Pyrops whiteheadi) aspire la sève des arbres grâce à un appendice très pointu capable de percer l’écorce.

À l’aide de ma lampe frontale, j’observe des quantités surprenantes d’insectes. L’un me séduit particulièrement, le splendide Pyrops whiteheadi, aux ailes constellées de points jaunes d’où se dresse une tête étrange en forme de trompe turquoise ! Au retour des night walks, j’ai des images plein les yeux et des sangsues plein les jambes. Au campement, je retire une à une ces sangsues tigre de Bornéo qui jouent les passagers clandestins.

Le fleuve Kinabatangan

Mon reportage m’emmène également dans l’Est de Bornéo, sur le fleuve Kinabatangan, haut-lieu de biodiversité. Pour visiter ce ruban fluvial qui serpente sur 560 km au coeur même de la jungle tropicale, entre marécages et forêt primaire, pas d’autre choix qu’un petit bateau à moteur, piloté par un guide local qui sait se faufiler dans les bras de rivière pour s’enfoncer toujours plus loin dans la jungle.

La forêt tropicale longeant le fleuve Kinabatangan

Le fleuve Kinabatangan traverse la forêt tropicale avant de se jeter dans la mer de Sulu.

Là, dans cet Eden enchanteur, il suffit de couper le moteur, puis de se laisser glisser silencieusement pour approcher les animaux nullement apeurés. C’est le fief des derniers éléphants pygmées, eux aussi en voie de disparition. J’ai la chance d’en photographier un petit troupeau sur le bord de la rive.
Dans les airs, ce sont les calaos rhinocéros, les martins-pêcheurs et les aningas qui assurent le spectacle. Partout, ça rampe, vole, grimpe, tandis que des cris et chants montent de l’épaisseur végétale…

La Danum Valley

Encore un détour par la Danum Valley, une aire protégée qui se trouve dans l’État de Sabah (Malaisie), et qui abrite plusieurs centres de recherches scientifiques. Cet écrin de forêt tropicale humide, où l’on se croirait revenu en plein Jurassique, est le dernier abri du rhinocéros de Sumatra, dont il ne subsiste plus qu’une quinzaine d’individus à l’état sauvage, et de la panthère longibande au graphisme surprenant.

Le serpent liane se confond dans les arbres avec sa couleur verte

Serpent liane (Ahaetulla nasuta) posté dans un arbre.

Il fut également pour moi le décor d’une mémorable frayeur ! Dans l’épaisse forêt, alors que nous suivons une piste défoncée à bord d’un vieux pick up, un énorme craquement déchire le sous-bois, tout proche de notre véhicule… Le chauffeur stop immédiatement le véhicule. Les regards cherchent en tous sens, et soudain s’écrase, à 20 m devant nous, en travers de la piste, un tronc monumental ! Et totalement infranchissable. Impensable de le tronçonner pour passer, cela prendrait des heures. Finalement, un autre véhicule nous rejoindra par l’autre côté. Mais pour y accéder, il nous faudra escalader un enchevêtrement de branches inextricables.

L’assaut des palmiers à huile

Et puis, à côté de ces merveilles, il y a ce carnage que je découvre en survolant Bornéo en avion. Il y a quelques décennies, cette île était couverte à plus de 90 % de jungle tropicale. Il n’en reste même pas la moitié. Avec un peu de hauteur, je prends la démesure du massacre. À perte de vue, sur des centaines de kilomètres carrés, des palmiers à huile sont alignés comme les soldats d’un défilé militaire Nord Coréen. Un désert végétal de clones alignés remplace la vie foisonnante qui animait la forêt primaire au même endroit, quelques mois avant, et dont il reste çà et là quelques îlots épargnés, cernés par les palmiers envahisseurs. Une extermination effrayante et attristante.

Un rangée de palmiers à huile

Originaire d’Afrique, le palmier à huile représente une manne financière énorme pour les multinationales de l’agroalimentaire. Je vous invite donc à boycotter  tous les produits qui sont à base d’huile de palme ou dérivés.

Au sol, je constate que ces plantations ont chassée la vie. J’y observe très peu d’oiseaux, et aucun autre animal. Et difficile d’en ramener des images, car sur place, les responsables des plantations et les ouvriers me font comprendre qu’ils ne souhaitent pas de photos.

Un peu de forêt dans nos barres chocolatées

Une question évidemment : à quoi servent tous ces palmiers ? Ils produisent l’huile de palme (souvent évasivement désignée par « huile végétale »). Celle qu’on trouve dans une multitude de produits du quotidien (près d’un sur dix !) : biscuits, céréales du petit-déjeuner, sauces, chips, barres chocolatées, huiles de friture, shampoings, gels de rasage et autres cosmétiques…
L’Indonésie est devenue le premier producteur mondial d’huile de palme. Et comme cette industrie rapporte, en tout cas bien plus, à court terme, que la forêt tropicale et sa biodiversité, pas question de s’arrêter, au contraire. En deux ans, 6 millions d’hectares de forêt primaire (originelle, c’est à dire la plus riche en biodiversité) ont été rasés, une surface presque aussi grande que l’Irlande, et en 20 ans, l’étendue des palmeraies a été multipliée par 27. Et ce n’est pas fini: le pays a l’intention d’augmenter la production d’huile de 60 % d’ici 2020.

Les grands singes au rayon des souvenirs

Conséquence sur la biodiversité à Bornéo : c’est la chute libre. C’est le milieu de vie de toutes ces espèces uniques et admirables qui est directement détruit. Elles n’ont nulle part où aller, et certainement pas dans les plantations de palmiers, où elles sont éliminées.

Gros plan sur un Orang-outan de Bornéo

La déforestation engendrée par la production intensive d’huile de palme, est l’une des principales causes du déclin démographique des orang-outans (Pongo pygmaeus).

Il reste entre 45 000 et 69 000 orang-outans (moins de 15 % de la population originelle), décimés par la chasse et la déforestation. Pour les singes nasiques, la dernière estimation, qui remonte à 2007, en recensait moins de 7000. Combien de temps vont encore survivre les orang-outans, nasiques, et toutes les merveilles et étrangetés que j’ai photographiées ?

Conseils photo

Pour cette d’aventure, il faut partir léger, car y a beaucoup de marches parfois pénibles dans la jungle et dans la mangrove. Ne négligez pas l’équipement de macrophotographie. En effet, dans ce type de voyage, la photographie rapprochée représente 50 % de la totalité des prises de vues.

Attention

Le climat est très humide. Quand vous faites des pauses, laisser votre matériel quelques minutes au soleil pour éviter l’apparition de moisissures.

Matériel

  • 2 boîtiers réflex numérique full frame
  • 1 zoom grand angle 24 - 70 mm f/2,8
  • 1 zoom 70 - 200 mm f/2,8
  • 1 téléobjectif 300 mm f/2,8 + 1 multiplicateur X1,4. Une focale comprise entre 300 mm et 420 mm est amplement suffisante pour les primates et les oiseaux de la région.
  • 1 objectif Macro 100 mm f/2,8. Un 180 mm ou 200 mm Macro peux être utile pour augmenter la distance de mise au point minimum lorsque l’on réalise des plan rapprochés de serpents venimeux de Bornéo.
  • 1 jeu de bagues allonges. Très utile pour les insectes de petite taille.
  • 1 flash double macro. Indispensable pour ce voyage. Dans la forêt tropicale, c’est la nuit que les reptiles, amphibiens et insectes sont les plus actifs.
  • 1 monopode est suffisant si vous ne faites que des photos. Trépied obligatoire pour les vidéastes.