Couverture du livre Laissez-les vivre de Christian Zuber

Laissez-les vivre. Rouge et Or, 1970 de Christian Zuber
Convaincu que « l'information sauvera la nature », il multiplie les conférences où ses films remportent un grand succès, écrit des livres dont certains destinés aux enfants, produit des disques de musique et de chants traditionnels.

Tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais !
Chacun est libre de tenter l’aventure !
Portrait du gorille de montagne du Congo

Gorille de montagne au Congo RDC

 Livre « Sur la piste des bêtes ignorées » de Bernard Heuvelmans

Sur la piste des bêtes ignorées, 1955 de Bernard Heuvelmans.
L'ouvrage bénéficie d'une grande popularité, puisqu'il est diffusé à près d'un million d'exemplaires, selon Jean-Jacques Barloy.
Par la suite, il consacre des travaux aux grands animaux marins des profondeurs (Dans le sillage des monstres marins, 1958) avant de cosigner avec l’historien russe Boris Porchnev un volume de cryptoanthropologie intitulé «L’homme de Néanderthal est toujours vivant» en 1974

Panneaux prévenant de la traversée d’animaux tel que des kangourous ou wombats

Attention ! Traversée de dromadaires, de wombats et de kangourous (Australie)

Un grèbe à coup noir pond dans son nid

La ponte du grèbe à cou noir

L’arche School

Éduquer et sensibiliser

7 questions sur la photographie animalière

Les jeunes que je rencontre sur les festivals de photo nature, durant les stages photo, et sur le terrain, me posent fréquemment les mêmes questions. Elles concernent le métier de photographe, la vie des animaux, ou l’avenir de la biodiversité. Cette rubrique s’efforce d’y répondre !

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir photographe animalier professionnel ?

Avant de penser à la photo, j’ai d’abord été passionné par les animaux
sauvages. Quand j’étais adolescent, j’empruntais les jumelles de théâtre de ma
grand-mère pour observer les oiseaux et essayer de les identifier.  Un beau
jour mes parents ont acheté une télévision en noir et blanc. Ma passion a
continué à grandir grâce à cette boîte à rêves, devant laquelle je regardais
les films animaliers de Frédéric Rossif, les aventures de Christian Zuber, et
les documentaires du Commandant Cousteau. Captivé par l’écran, j’étais fasciné
par toutes ces images… Et du haut de mes 11 ans, j’avais pris ma décision : moi aussi, j’allais devenir cinéaste animalier.

Mais la vie, comme souvent, en a décidé autrement, et m’a embarqué dans une
toute autre direction : je n’étais pas très bon élève, j’ai raté mon
orientation scolaire, et j’ai dû me mettre à gagner ma vie assez tôt. Je me
suis donc retrouvé à 19 ans, dans le monde du travail, comme prothésiste
dentaire.  J’étais bien loin de mes rêves d’enfant, mais ils étaient toujours
là ! Assez vite, j’ai senti que mon travail de prothésiste dentaire ne me
convenait pas, et que ce n’était pas de cette vie là dont j’avais envie. Il
fallait que je me sorte de là! Il m’a fallu une bonne dizaine d’années pour
quitter cet univers ennuyeux et trouver enfin le travail dans lequel je me
réalisais, celui qui combinait mes trois passions : la nature, la photo
et le voyage.

Mon goût pour la photo a lui aussi des racines dans mon enfance. Quand j’étais
tout jeune, le dimanche, je partais avec mon père, peintre amateur, sur les
bords de Loire, et je le regardais peindre. C’est lui qui m’a appris à
regarder la nature comme une œuvre d’art, à construire une image, à
appréhender la perspective, à me placer par rapport au sujet… En peinture, les
règles de composition sont très proches de celles de la photographie.

Martinator s’imagine photographiant les rhinocéros dans la savane

Comment devient-on photographe animalier professionnel ?

Photographe animalier, c’est un métier qui fait rêver ! C’est sans doute pour
cela que l’on me pose souvent cette question. En réalité, chaque photographe
animalier a sa propre réponse, car chacun a un parcours différent. Il n’y a
pas de recette magique, pour devenir photographe animalier. À chacun
d’inventer la sienne ! Par contre, certains ingrédients sont indispensables
pour faire ce métier.

Tout d’abord, c’est évident, il faut savoir prendre de belles photos ! Pour
débuter et se former correctement, on peut faire une école de photo. Mais la
technique photographique s’apprend surtout en pratiquant.

Ensuite, pour photographier des animaux, il faut connaître l’animal, son mode
de vie, ses habitudes, son habitat, ses réactions… En un mot, avoir de
bonnes connaissances naturalistes. Celles-ci s’acquièrent en découvrant la
nature, en l’observant, en lisant des livres et des guides naturalistes.

Ce n’est pas tout. Un bon photographe doit également savoir raconter des
histoires, trouver de nouvelles idées, s’aventurer dans des concepts inédits.
Aujourd’hui, pour se démarquer, il faut faire preuve d’originalité, de
créativité, et prendre des risques artistiques.

Enfin, pour faire connaître son travail, il faut aussi être à l’aise avec la
partie commerciale. Cela signifie savoir communiquer et savoir se vendre.
Comme beaucoup de métiers qui font rêver, celui de photographe animalier
demande beaucoup de travail, de patience, de persévérance, et d’une bonne dose
de chance… Tout cela arrive naturellement quand on est passionné !

Est-il possible de vivre de ses images ?

La réponse à cette question a complètement changé au cours des dernières
années. Il y a dix ans, j’aurais répondu oui. Aujourd’hui, ma réponse est plus
nuancée. Il faut savoir qu’en France, les photographes animaliers
professionnels qui vivent à 100 % de leur travail sont devenus rares et se
comptent maintenant sur les doigts des deux mains. Tous les autres, donc la
grande majorité, sont des photographes amateurs qui pratiquent une activité
annexe rémunératrice, ou qui touchent une retraite leur permettant d’assurer
financièrement le quotidien.

Alors, que s’est-il passé depuis l’âge d’or de la photo des années 1980-1990,
où les photographes touchaient, pour l’utilisation et la publication de leurs
photos, suffisamment de droits d’auteur pour se constituer un salaire ?  Le
principal changement est venu du passage de l’argentique au numérique, qui a
permis à beaucoup de gens de se mettre à faire des photographies, puis de les
diffuser sur Internet, où il est devenu facile de se procurer des quantités
d’images presque gratuitement. La conséquence, c’est que les droits d’auteur
perçus par les photographes professionnels ont énormément baissé.

Aujourd’hui, le rapport à la photo a beaucoup évolué. Les réseaux sociaux sont
inondés et saturés d’images. Les agences photo et la presse magazine proposent
des tarifs très bas. D’autres structures, appelées « micro-stock », souvent
alimentées par des photographes amateurs, bradent les images pour quelques
euros. Pour être réaliste, la conjoncture est devenue très difficile pour
espérer vivre de ses droits d’auteur. Je conseille donc plutôt de pratiquer la
photographie animalière comme un hobby, que comme un métier. Mais chacun est
libre de tenter l’aventure ! Il faut juste avoir à l’esprit que la route est
longue, et qu’il y a peu d’élus.

Quel est votre animal préféré ?

Je n’ai pas un animal préféré, mais trois, et j’ai du mal à les départager !
Mon coeur balance entre des extrêmes : la libellule, la baleine à bosse et le
gorille de montagne.  J’ai un faible pour la libellule, car c’est le premier
sujet que j’ai photographié. Ces filles de l’air, redoutables prédatrices, me
fascinent encore pour leur esthétique, leur légèreté et leur habileté inégalée
en vol. Elles ont quelque chose de féerique.

J’aime aussi beaucoup la baleine à bosse, peut-être parce que sa taille
monumentale la rend si majestueuse. Elle a beau être énorme, c’est la plus
joueuse et la plus extravertie des espèces de baleines, et je suis toujours
impressionné de voir cette masse sortir de l’eau en réalisant des sauts
spectaculaires : c’est ce qu’on appelle le breaching.

Mais s’il faut choisir, alors je me décide pour le gorille de montagne. J’ai
eu la chance de le photographier dans les trois pays où il vit : le Congo, le
Rwanda et l’Ouganda. Lorsque j’observe le gorille de montagne, je ressens
toute la puissance, la sérénité et la paix qui se dégagent de cet animal. Son
regard aussi peut être troublant. Peut-être parce qu’il me rappelle que nous
sommes de proches parents.

Est-ce qu’il y a un animal que vous n’avez jamais photographié et que vous rêvez de photographier ?

Oui, il y a des photos que je ne ferai sans doute qu’en rêve ! Je m’explique.
Vers l’âge de 15 ans, en trainant chez un bouquiniste, je suis tombé par
hasard sur un livre intitulé « Sur la piste des bêtes ignorées ». Soigneusement
couvert avec du papier cristal, cet ouvrage a tout de suite suscité ma
curiosité. C’était un livre de Bernard Heuvelmans, le plus connu des
cryptozoologues. Ce sont des chercheurs qui s’intéressent aux animaux disparus
ou inconnus, et dont on a jamais pu prouver formellement l’existence.

Séduit par ce titre prometteur, j’ai aussitôt acheté cet ouvrage. Publié vers
le milieu des années 1950, il parlait de créatures mystérieuses, disparues ou
inconnues, qui vivaient peut-être encore de nos jours dans des endroits
reculés de notre planète.  Pendant des années, les livres de Bernard
Heuvelmans m’ont fait rêver. Je m’imaginais, téméraire aventurier, à la tête
d’une expédition explorant la jungle inextricable d’une contrée oubliée… Après
des semaines de marche, je me trouvais soudain face à face avec une espèce
animale encore inconnue ! Et bien entendu, grâce à ma caméra Beaulieu 16 mm,
je ramenais à la civilisation un film contenant des images exceptionnelles
diffusées dans le monde entier.

Martinator s’imagine voyager dans la passé pour photographié les dinosaure

À ce jour, ces visions héroïques ne se sont pas encore concrétisées… Mais
elles ont inspiré l’un de mes premiers grands voyages, intitulé « Expédition
Thylacine », dont le but était de retrouver, dans une région reculée de
Tasmanie, une espèce éteinte en 1936 : le Tigre de Tasmanie (aussi appelé
thylacine, ou loup marsupial). Sur place, je n’ai pas trouvé la moindre trace
de cet animal, mais cette belle aventure me permit à l’époque de me mettre le
pied à l’étrier en remportant le premier prix de la dotation Kodak Grand
Reportage.

Des années après, j’ai toujours la même fascination pour ces espèces mythiques
qui de temps à autre font l’objet d’observations. Malgré quelques canulars,
ces témoignages relatés par des voyageurs ou des indigènes sont souvent basés
sur des faits réels.  En tout cas, j’ai toujours envie d’y croire, et j’ai
même quelques idées derrière la tête. Alors peut-être qu’un de ces jours, je
retenterai ma chance, en montant une nouvelle expédition à la recherche d’un
animal disparu !

Parmi tous les pays que vous avez visités, quel est celui que vous préférez ?

Mes voyages photographiques m’ont amené sur tous les continents, et m’ont
permis de découvrir l’incroyable diversité des milieux naturels à la surface
de notre planète. Le pays que je préfère, c’est celui qui regroupe presque
tout cela à lui tout seul : l’Australie.

On y trouve des déserts, des savanes, des forêts tempérées, des forêts
tropicales, des mangroves, des montagnes, des îles… C’est un concentré de
nature sous toutes ses formes. En plus de cette diversité, l’Australie a
beaucoup d’originalité : les animaux, comme par exemple les marsupiaux, sont
extrêmement différents de la faune des autres continents.

Enfin, ce qui me plait là-bas, ce sont ces immenses espaces où il y a si peu
de population humaine et où la nature règne en maître. L’Australie, c’est un
peu le paradis pour un photographe naturaliste !

Quel est votre plus beau souvenir photographique avec un animal ?

Ce n’est pas au bout du monde, mais tout près de chez moi, que j’ai vécu ma
plus grande émotion photographique. Je réalisais un travail photographique sur
les étangs du Parc naturel régional de la Brenne, dans ma région. Pendant des
mois, j’ai passé des centaines d’heures dissimulé dans mon affût flottant, une
cachette constituée d’une toile de camouflage montée sur un flotteur, que
j’intégrais très tôt le matin, et parfois jusqu’au coucher du soleil.

Les grèbes à cou noir étaient en pleine période de nidification. J’avais
repéré un nid dissimulé dans les nénuphars, bien exposé par rapport à la
lumière. Ce jour-là, la femelle et le mâle étaient particulièrement agités.
Ils faisaient des allers et venues pour apporter de la végétation au nid. Je
pensais qu’ils craignaient la présence d’un prédateur. Mais ce n’était pas ça.
En réalité, la femelle se préparait à pondre ! La sortie de l’oeuf dura
quelques secondes, pendant lesquelles j’ai déclenché en rafale, prenant neuf
clichés, pas un de plus. Suffisant pour immortaliser cette scène magique : une
femelle de grèbe à cou noir en train de pondre un œuf ! Un « scoop » qui
allait faire le tour du monde dans la presse magazine.