L’arche Project 25

Transmettre et accompagner

Maxime Fayaud

Lauréat 2016-2017

Projet « Global Hectare »

Portrait

Je m'appelle Maxime Fayaud. Je me suis découvert une passion pour la photographie en tombant dans le révélateur en 2006, juste après avoir trébuché sur un appareil photo Holga tout en plastique. J'aime utiliser les techniques analogiques autant que possible, c'est à dire travailler en argentique dès que le projet s'y prête.

Après avoir passé un BTM photographie en alternance où j’ai découvert l’immense plaisir du travail à la chambre photographique, je me suis installé en tant qu'indépendant. Basé aux Ateliers de la Morinerie à Saint-Pierre-des-Corps, je suis spécialisé dans le portrait, le reportage, le studio et la retouche d'image. Je propose également des initiations aux différentes techniques de prises de vues et de laboratoire, argentiques et numériques.

Le projet
« Global Hectare »

L'hectare global (hag), ou global hectare en anglais (gha), est une surface pondérée au niveau de la productivité qui permet de rendre compte à la fois de la biocapacité de la Terre et des besoins en biocapacité (= l'empreinte écologique). L'hectare global est l'unité de mesure de l'empreinte écologique, de la biocapacité, et du déficit/excédent écologique.


En d’autres termes, il s’agit de matérialiser le nombre de planètes terre nécessaires pour la totalité de l’espèce humaine si l’on prend l'exemple d’un citoyen donné : il faudrait approximativement 4 planètes terre si tous les habitants avaient la consommation moyenne d’un français.

 

Le projet en bref…

Il y a quatre ans, après quelques voyages et beaucoup de rencontres, j'ai été naturellement encouragé à m'interroger sur mon mode de consommation. J'ai alors eu envie d'explorer la problématique de la consommation, de me renseigner sur les problèmes environnementaux et écologiques actuels. Réchauffement climatique, surpopulation, impact carbone, empreinte écologique... Après avoir étudié la question, j’ai constaté que les avis divergeaient : le réchauffement était alternativement inexistant et très préoccupants !

J'ai alors eu envie de démêler ces infos et de chercher par moi-même des informations plus tangibles. Au fur et à mesure de mes recherches et de mes lectures, j’en suis venu à m’intéresser à notre alimentation. Le livre Eat de Gilles Lartigot a été en quelques sortes la base de ma prise de conscience éthique et écologique. En avançant et en me rapprochant des milieux militants, tels que Sea Shepherd, j'ai également découvert les documentaires Cowspiracy ainsi que Forks Over Knives et même finalement Earthlings...

Un jour j’ai assisté à une conférence de l'agronome Marcel Bouché, basée sur ses (très sérieux) travaux sur les vers de terres. Son livre "Des vers de terre et des hommes" a grandement participé à la germination de ce projet. Dans une de ses conférence, il cite Haeckel, biologiste et philosophe du XIXème me siècle pour définir l’écologie : "Nous entendons par écologie la science globale des relations des organismes avec leur monde extérieur environnant dans lequel nous incluons, au sens large, toutes les conditions d'existence." Cette notion d’interconnexion du monde vivant et l'approche de l'écologie en tant que science et non comme parti politique, ou même comme ministère, a créé chez moi une appétence pour la cause environnementale. Ces idées là ont précisément été le point de départ de ce projet.

A un moment où j'avais envie de mieux comprendre les enjeux de la consommation de masse, d'apprendre et de décompliquer mon mode de vie, il fallait aller voir sur le terrain ce qu'il se passait et ce qu'il était possible de faire, ici et maintenant. Je me suis spontanément rapproché d'un maraîcher biologique. “Le Biotope”, qui vendait ses produits juste en bas de chez moi sur le marché. Ils ont très vite été enthousiasmés par le projet. Ils pratiquent l'agriculture biologique depuis les années 80 ! Comment en sont-ils venus à rejeter le mode d'exploitation conventionnel alors que le bio n'en était qu'à ses balbutiements ? Qu'est-ce que le "biologique", terme que l'on entend abondamment ces dernières années ? Qu'implique-t-il ? Quel est le cahier des charges ? Est-ce une solution ? Qui sont ces gens qui ont décidé de se diriger vers ce mode de production ? Et surtout qu’est-ce qui anime ces gens qui ont choisi de respecter leurs convictions profondes et de les appliquer dans leur travail.

Le mot “biologique” est un terme avec lequel nous nous familiarisons. Ce qu’il implique reste cependant peu compris. Ces gens m’ont fait partager leur philosophie du biologique, qui suggère une éthique personnelle et une vision durable du monde. Le terme biologique prend alors un sens plus global qui ne se limite pas à une façon de produire de la nourriture. Il prend en considération la terre en tant que telle. Avec ce portfolio qui regroupe des images faites de 2016 à 2017, je cherche à faire ressortir l'atmosphère que l’on perçoit dans ce maraîcher biologique, à quelques pas d'ici. Montrer les gestes des personnes qui les les exécutent, montrer leur engagement au quotidien.

 

Interview de Frédéric Couque, co-gérant du "Biotope"

Frédéric, peux tu te présenter et nous expliquer ton parcours ?
Je suis issu de la banlieue Nord Parisienne. Je cherchais une filière dans laquelle m’orienter après le bac. Je n’étais pas un très bon élément scolaire et je me suis d’abord dirigé vers une fac de cinéma. Je l’ai fait plus par par curiosité que par réel intérêt. N’ayant pas de projet, c’était pour moi une voie de garage. J’étais également intéressé par l’aménagement paysagé, mais ce n’était alors qu’une idée. Il fallait que je trouve un petit boulot en plus de mes études et j’ai donc passé mon BAFA (Brevet d’Aptitudes aux Fonctions d’Animateur) pour devenir animateur dans un centre. Un jour j’ai suggéré une animation qui changerait des patins à roulettes, du foot, ou de la balle au prisonnier... J’ai proposé la création d’un jardin partagé. Il s’est passé un truc magique. Le directeur sincèrement intéressé et enthousiasmé par le projet m’a fait confiance. C’est un peu cet élément qui a été qui a orienté la suite de la carrière.
 

C’est à la suite à ce travail tu as eu l’envie d’approfondir dans cette voie ?
Je ressentais le besoin de partir à l’étranger avec l’envie de garder ce fil conducteur et donc d’aller dans des fermes pédagogiques : un jardin avec des enfants donc. A l’époque il y avait ce qu’on appelle les SVE (Services Volontaires Européens), je voulais partir dans un pays anglophone pour apprendre la langue. Mais l’angleterre était un lieu très sollicité ! Je n’ai pas réussi à trouver de structure d'accueil, j’ai alors décidé de me rendre directement sur place. J’ai commencé par travailler à Londres où je ne trouvais que de petits jardins de ville. Puis un jour je suis tombé sur un “Green Guide”, guide qui ressource les producteurs et les associations. L’association par laquelle je suis passé, WWOOF (Willing Workers On Organic Farms), est aujourd’hui très connue en France. J’ai eu l’opportunité d’aller dans des fermes biologiques en Angleterre, en Ecosse et au Pays de Galles. J’ai fait ce voyage avec un français qui vivait dans la même auberge que moi. Français. Il cherchait du travail dans l’accompagnement social mais ne trouvait pas de structure d’accueil. Je lui ai parlé de mon projet de wwoofing et fatigué de ne rien voir aboutir dans sa branche, il a décidé de me suivre ! Ca a été initiatique. Il a notamment expérimenté une ferme communautaire. De mon côté, j’ai rencontré un maraîcher qui était prof de taï chi à Londres et qui s’est converti au maraîchage biodynamique. J’ai vécu une expérience très forte. C’est très riche de rencontrer ces gens qui donnent du sens à ce qu’ils font et accueillent dans vraie volontée d’échange.

A ce moment là, tu ne t’étais pas encore vraiment professionnalisé. As-tu eu envie d'asseoir tes connaissances avec une formation ?
J’ai pris conscience que je voyageais sans bagages : je n’avais aucun diplôme du monde agricole. Je décide donc de faire une formation en bio. A l’époque, dans le début des années 2000, il n’y avait pas de formations bio : car très peu de demandes... Je suis descendu dans le sud de la France, du côté de Gaillac faire un BTS en analyse des systèmes d’exploitation. Cette expérience m’a permis d’appréhender le milieu agricole, que je ne connaissais que très peu. Ce fut pour moi une grande leçon pour moi : j’ai découvert que dans l’agriculture conventionnelle il y avait des gens bien et que dans l’agriculture bio il y avait des gens exécrables. Mon discours a été mis à l’épreuve : je revenais d’un voyage bénévole fait de rencontres inoubliables dans le monde du bio... J’avais une vision trop étroite de la réalité je pense.
 

Qu’as tu fait après cette formation ?
J’ai tout de suite enchaîné avec un poste d’animateur dans une ferme pédagogique. J’ai ensuite travaillé dans des magasins bio. Jusqu’au jour où je suis tombé sur une annonce pour être animateur contrôleur dans une association qui s’appelle “ Nature et Progrès ”. Ce sont eux qui ont créé le premier cahier des charges de l’agriculture biologique dont s’est inspirée l’ IFOAM . J’ai affuté mes armes militantes à ce moment là. Je n’avais toujours aucune formation technique à l’époque : j’avais fait de la gestion, de la vente, du contrôle et de l’animation. J’ai alors fait une formation en arboriculture fruitière. J’ai rencontré un grand patron après avoir passé mon diplôme, quand je me sentais confiant pour gérer un verger. Il a dû sentir le doute chez moi car il m’a demandé “est-ce que vous vous voyez travailler toute l’année dans un verger ?” sur le chemin du retour je me suis réellement posé des questions... Gérer des arbres, des pommes, été comme hiver... J’ai réalisé que non, non pas du tout. Je me suis rappelé que lorsque j’avais entrepris cette formation agricole, j’avais entendu parlé du BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole). J’avais aimé les gens que j’y avais rencontré, dont la plupart en reconversion, avait des projets maraîchers, de petites structures.
 

C’est donc à ce moment là qu’est venu chez toi l’envie de faire du maraîchage...
Dans ma recherche d’emploi il y avait donc ce verger et un poste en tant qu’employé au Biotope de la Ville aux Dames. J’y suis resté. J’avais l’idée de devenir encadrant en insertion dans un jardin bio. J’avais le profil. Je suis resté pour un an avec toujours pour idée de m’installer. Au terme de mon contrat, j’avais démarré quelques démarches pour m’installer, mais c’est un processus très long ! Au moins trois ans séparent les recherches de la première plantation... J’avais vu passé beaucoup de lieux possibles et au bout de 7 ou 8 mois, Philippe (gérant de l’exploitation “Le Biotope” ndlr ) a senti que j’allais caler. Il m’a proposé à ce moment là de revenir, avec de son côté un projet d’installation sur un nouveau site, à Husseau . J’ai saisis l’opportunité à saisir, car j’avais besoin de revenus ! il y a eu en 2010 avec la communauté de commune, un mandatement auprès de la SAFER pour trouver une surface suffisante. J’ai été porteur de ce projet. J’ai dessiné le bâtiment du site avec eux. On a inauguré le bâtiment en 2013. Entre le moment ou Philippe m’a présenté aux élus et le moment où j’ai ouvert le bâtiment, il s’est passé trois ans. Je ne me voyais pas faire ça tout seul : il me fallait un assistant.
 

C’est là que tu as rencontré Fabien (ndlr Co-gérant) ?
Oui ! Il était venu se former au Biotope. Il avait lui aussi un projet d’installation. Je lui ai alors montré le lieu. Il n’y avait à l’époque que des fondations. Je lui ai confié que je ne savais pas vraiment comment gérer ça seul : le Biotope allait s’arrêter suite au départ en retraite de Philippe et Christine (ndlr femme de Philippe). Il fallait donc prendre des décisions importantes pour cette transition. Fabien a alors compris le contexte dans lequel je me trouvais : j’avais depuis longtemps dépassé le stade de l'excitation, c’était devenu angoissant. On s’est associé en 2016 après son année de stage en 2015. Tout ça s’est fait très naturellement. On forme un bon duo, j’ai tout de suite trouvé chez lui une oreille attentive. Pour durer il faut être humble. J’ai trouvé en lui un partenaire qui partageait mes objectifs. C’est un vrai plaisir de travailler ensemble.

L’idée de base était de faire baisser l’intensité de travail au Biotope pour que le site de Husseau prenne la relève. Ce aurait permi à Philippe et Christine de partir en retraite progressivement. Mais aujourd’hui, nous n’avons toujours pas baisser l’activité au biotope, la demande en bio ne fait qu’augmenter tous les ans !

Comment est né chez toi cet intérêt pour l’agriculture biologique ?
C’est une rencontre. La mère d’un ami qui m’avait donné à mes 17 ans deux entrées pour aller à un salon qui s’appelle Marjolaine, premier salon bio de France à Paris ! J’ai adoré l’ambiance de ce salon ! Il y a aujourd’hui de moins en moins de paysans bio, mais de plus en plus de lampes de sels, encens, etc... Mais c’est vraiment une étape clé dans mon cheminement. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je pense que c’est liée à une sensibilité qui m’est propre. Mes parents travaillaient dans des bureaux, je n’ai pourtant jamais été exposé dans ma jeunesse à ce milieu. Peut être que ça vient de mes souvenirs avec mes grands parents, des souvenirs avec mon grand père aux champignons...
 

“Le Biotope” semble avoir été un lieu très important pour toi. Depuis quand existe-t-il ? Peux tu me parler un peu plus de Philippe et Christine ?
“Le Biotope” existe officiellement depuis 1986. Mais en 1981 Philippe et Christine étaient déjà installés à La Riche, sur des terres inondables : ils démarraient. Ils se sont rencontrés en BTS production horticole ! Philippe voulait montrer qu’on pouvait cultiver en bio en volume, qui soit bon et beau. Dans les années 80, le bio était très mal vu ! C’était réservé à une élite marginale. Pas de chaînes de magasins, que des petites boutiques. Acheter bio, c’était une démarche jusqu’au boutiste pour les consommateurs. A l’époque il fallait faire ses preuves, la pression était énorme : quand on faisait du bio, on n’était pas reconnus par ses paires. Lorsqu’ils ont démarré, il a fallu tout apprendre, tout construire.Une expérience passionnante pour eux. Ils ont trouvé cette structure qui est devenue “Le Biotope”. Ils l’ont convertie en bio en 1986. C’est là que tout a vraiment commencé. Mis à part un bâtiment, il y avait tout à faire. Ils ont fait de la vente en gros, à Rungis notamment. Quand ils ont vu que la vente en gros ne payait plus ils ont décidé de faire des paniers. Ils ont été les premiers à faire des paniers de légumes dans la région. Le concept était tout juste esquissé au Etats-Unis et au Japon, mais pas du tout encore exporté chez nous. Christine était initialement dans l’aménagement du paysage. Elle a rejoint l’entreprise de son mari, Philippe, militant de la première heure.

 

Les partenaires du projet

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